Obscurius

15 novembre 2015

Vendredi 13 Novembre 2015

Publié par obscurius dans Non classé

Nous avons suivi, toute la journée d’hier, de très loin et avec effroi, les événements de vendredi soir. Et l’horreur s’est redoublée des scènes de liesse dont nous savons bien qu’elles se sont produites, même si on aimerait penser que tous compatissent. Que serons-nous ? J’entends les appels à la fermeté ; et bien sûr, quand il y a la guerre, il faut lutter pour survivre. Mais aussi, tant qu’il y aura la guerre, il n’y aura aucune raison que sa barbarie ne vienne nous frapper jusque dans nos foyers et nos proches, et aucune possibilité d’échapper à la volonté de détruire. J’entends « Cette fois, c’est la guerre ». Mais il y a des mois et des années que nous sommes en guerre, même si tout est fait pour qu’elle nous soit indolore. Comment croire que rien ne nous en revienne ? Je me souviens du 11 septembre, et de mon étonnement à entendre l’Amérique s’étonner qu’elle pût être frappée en son coeur. Quoi de plus facile ? Le miracle n’est-il pas que cela soit si rare, si inouï ? Ce miracle, nous nous reposons tellement sur lui, comme s’il ne venait pas de très loin, comme si nous n’avions pas à le recréer chaque jour. De quoi devons-nous être les artisans ? Ces gens sont des fous ; mais plusieurs sont morts, et quand on atteindrait les autres, d’autres viendront, et sans que rien puisse les arrêter. Ceux qui les mènent sont des fous ; mais d’où leur vient le pouvoir qu’ils ont su prendre au coeur de ces régions ? Cette folie est aussi la nôtre. Est-ce trop tôt pour le dire ?

J’ai eu peur pour mes filles, pour la première fois de ma vie sans doute, et sans pouvoir y croire. C’est étrange à dire, mais je crois que si j’avais été frappé en elles, le monde se serait effondré pour moi mais comme d’un tremblement de terre. Je ne peux pas haïr, pas là, pas quand c’est si grave ; parce que ce n’est pas l’homme qui agit là. Mais j’ai peur de la haine, qui serait leur triomphe. Oui, même de la haine envers les assassins. Je crois comprendre la violence des discours en retour, mais comme on assiste plein de tristesse redoublée au triomphe de ceux qui les ont envoyés. Tant de choses nous échappent dans ce concert de folie, que par-delà les discours guerriers (la guerre n’a pas besoin de tant de discours), il nous est possible de nous demander, là où nous sommes, dans quelle mesure nous pouvons, devons demeurer, devenir des artisans de paix. Notre pays demeure, et je pense que beaucoup des réactions dans le monde en témoignent, un symbole de valeurs que nous incarnons souvent bien mal. Je crois pourtant que nous n’avons pas le choix. Liberté, égalité, fraternité, solidarité, ce sont des mots que notre vie politique et sociale a largement vidés de leur sens. Peut-être parce que nous comptons trop sur eux. La paix n’existe pas, pas plus que la république n’existe ; à tout moment nous avons à la faire et à la créer. A tout moment beaucoup la créent, mais ce ne sont pas ceux qui prennent la parole prétendument au nom du peuple. La pente de ceux qui parlent, et qui croient s’adresser à nous, la pente en nous aussi, c’est l’égoïsme, la fermeture, l’inégalité croissante et la bonne conscience. Que semer pour récolter autre chose que la haine ? Ou, du moins, pour nous assurer que nous nous sommes toujours efforcés de faire grandir l’amour et la fraternité ?

Les lacs d’amour sont ouverts sur tout l’univers, sur tous les hommes. Tous. C’est effrayant, parfois. Mais c’est sans doute… juste nécessaire.

6 juillet 2015

Le « non » grec

Publié par obscurius dans Non classé

téléchargementJe ne suis pas économiste. Je ne sais pas si les solutions que semble proposer le gouvernement grec sont ou non raisonnables – le nombre d’économistes de renom qui le soutiennent me laisse au moins le bénéfice du doute. Ce qui est sûr, c’est que nous avons là un gouvernement qui, élu sur une ligne, s’y tient, consulte le peuple pour savoir si c’est toujours là son mandat, et s’y confirme. D’où l’on se prend à rêver. Qui ne souhaiterait qu’il existe un rapport entre les discours de campagne et les actes futurs ? Qui ne souhaiterait qu’un élu, en cas de difficulté grave, et même quand il ne s’agit que de confirmer l’impulsion initiale, ne remette son mandat entre les mains des électeurs ? Qui pense que la démocratie n’inspirerait pas plus de confiance si nous pouvions croire en la parole de nos représentants, quitte à pouvoir leur signifier qu’à nos yeux, ils s’égarent ? Je n’ai rien entendu sur les liens entre Tsipras et des intérêts particuliers. Je n’ai rien entendu sur des intentions cachées, sauf à l’accuser de vouloir sortir de la zone euro, ce que toute son attitude dément. Je n’ai entendu que des pitreries sur l’alliance avec l’extrême-droite, dont la sottise désarme l’indignation. Ses adversaires ne pouvaient l’atteindre. Sauf à dire : « Il veut nous quitter, puisqu’il ne veut pas nous obéir ». Ou : « C’est un enfant mal élevé, puisqu’il ne sait pas obéir aux grands ». Ce qui est sûr, c’est que ceux qui le critiquent le plus s’indignent de voir le vote populaire réclamer d’être pris en considération. Ils diront qu’ils le respectent : car enfin, directement ou indirectement, tous ces dirigeants européens ne sont-ils pas l’émanation du vote ? Oui, l’émanation, lointaine, bien lointaine, bien irresponsable, et qui a su se rendre, par la vertu des appareils et des institutions, bien indifférente à ce qu’ils ont pu dire pour se faire élire, bien peu responsables devant des électeurs qu’ils manipulent plus qu’ils ne les représentent – quand ils ne s’étonnent pas d’avoir encore à les prendre en considération. On s’accommode du peuple, en essayant contre lui d’agir pour son bien. Messieurs, vous avez peut-être raison contre le peuple ; la prospérité génrale en Europe, le taux historiquement bas du chômage, la baisse rapide de la dette grecque depuis que les gouvernements qui ont précédé Syriza appliquent vos méthodes, tendent à le prouver ; mais votre travail est aussi de lui faire entendre raison, et de soumettre votre pouvoir à son approbation. Oui, on rêve ; car nos pouvoirs en sont loin. Mais c’est une bouffée de fraîcheur, et c’est de Grèce qu’elle nous vient. On dira ce qu’on voudra, ce n’est pas un hasard, et c’est encore la Grèce qui vient nous apprendre la démocratie, cette fois sans l’esclavage, et résolument. Et on se comptera dans chaque camp. J’ai juste peur que l’autre camp ne soit bien puissant, et ne décide de mettre fin à l’hypocrisie, comme l’annonçait Naboléon en son temps. En attendant, rêvons ! Et agissons.

9 janvier 2015

Dammartin

Publié par obscurius dans Non classé

Dammartin

Dammartin. Ce nom ne dira peut-être pas grand-chose à ceux qui, de si loin, suivent aujourd’hui la traque des assassins de Charlie Hebdo. C’est dans ce village que se consomme la fin du roman Sylvie de Gérard de Nerval. C’est le village du déracinement tranquille, que Sylvie rejoint, épousant son pâtissier de mari, quittant Othys et le berceau de son enfance, marquant ainsi que la vie continue et se marque d’abandons, qui sont pourtant autant de fidélités – fidélités à la puissance de vie, perpétuelle métamorphose. Ce roman me semble un monument de désespoir. Il nous parle de l’impossibilité du retour, et de l’impossibilité de vouloir autre chose que le retour. De l’impossibilité de coller à la vie des autres, à celle de ceux qui vivent, là où d’autres ne font que voir, que sentir – et écrire. La leçon de vie, si on la retient, demeure étrangère à celui qui peut la rendre sensible ; il y demeurera d’autant plus étranger qu’il pourra mieux la dire, ou pourra d’autant mieux la dire qu’il s’en mesure irrémédiablement exclu.

Comme beaucoup, j’ai beaucoup suivi les paroles qui circulent après l’horreur. Et j’ai peur qu’à nouveau le discours ne triomphe, et la parole bavarde de ceux qui ne font que voir. Ces hommes agissaient. Ils agissaient avec amour et générosité. Même cette action peut nourrir la haine, même cette action peut blesser profondément. Au reste ils n’étaient pas des saints, pas même en leur genre. Personne ne rejoint son idée. Mais on peut la sentir en l’homme, dans sa présence, dans le ton de sa voix, dans le trait de sa plume. Et ces hommes qui se voulaient porteurs d’humanité ont été abattus, non seulement parce qu’il y a des fous furieux, mais aussi parce qu’ils avaient eux aussi nourri la guerre. Et pouvait-il en être autrement, quand le malaise du monde taille les simples mots des uns en agression pour les autres ?

Je lis qu’il faudrait s’impliquer davantage dans le débat, ressusciter la circulation de la parole, que les intellectuels n’ont pas fait leur travail. La démission est évidente. Trahison des clercs, trahison des élites, de la presse, des médias, des élites politiques – pas de tous, mais le discours noie tout. Et le discours seul ne sauvera rien. Sans doute il va falloir écrire. Mais aussi créer un foyer d’évidence fraternelle, chacun autour de soi et toujours un peu au-delà de ce que les amitiés naturelles rendent facile. Mais aussi, ces monstres naissent d’un état public, d’un état de l’opinion, monstre encore, apparemment si impossible à amadouer, à rectifier, à humaniser. Mais Cavanna le disait. Il faut parler, « causer dans le poste », au risque du ridicule, de l’imparfait, chacun à sa place. Mais aussi agir, et créer autour de soi ce modèle de monde libre qui ne peut reposer que sur l’amour et la joie de bâtir un monde commun. Mais aussi exiger, exiger que la misère soit prise en compte, exiger la justice, exiger que les pouvoirs se préoccupent de ceux qui les nourrissent et les engraissent, protester contre tout ce qui provoque le sentiment de l’exclusion, les privilèges, l’arrogance, l’impunité. Faute de quoi nous resterons spectateurs, et pour finir broyés, broyés par une logique qui a au moins eu le mérite d’apparaître clairement pour ce qu’elle est : une logique de mort, et que nous continuons à nourrir, et peut-être jusque dans nos appels à la résistance, donc à la guerre.

1 octobre 2014

Mahler, Klimt, Cobra

Publié par obscurius dans Musicales

« Le peintre apporte son corps… » Je repensais à cette belle formule en découvrant cet enregistrement de Maximianno Cobra. Cela est d’un passeur. D’un passeur de musique, de peinture, et d’amour. Et chacun porte l’autre. Pour moi qui vis plus de l’oreille, c’est Mahler qui porte Klimt, qui en épouse les contours et les reflets, qui nous plonge dans la touche de sa peinture comme nous caresse le grain de sa musique, si dessinée ici, si suivie du doigt, oui, grain à grain. Et parfois un visage, et ces lèvres de sang, et ces quelques rappels d’attaques, et de toute la souffrance derrière. On en viendrait à s’irriter d’un bref instant (où est-ce ?) où cette fusion du rythme de la vision et du coulé de la musique semble connaître une brèche fugitive, où le déroulé de l’image semble gagner, le temps d’une infime transition, un brin de temps sur le fil du discours musical – tant sinon l’un épouse l’autre, déploie l’autre, ouvre l’autre, à rêver (mais qui peut ?) que le seul regard puisse célébrer dans la solitude de telles épousailles.

Et puis il y a le corps du maître, et celui de l’orchestre, entrevu.

L’orchestre, laissons. Tout est tellement évidence ici. La noblesse, la profondeur, la gravité, l’essentialité du geste musical nous sont enfin rendues. La moindre attaque, le moindre appui, le moindre frôlement du doigt, l’attention à cette matière tendue, et tendue au corps, d’où l’harmonie ne cesse de sourdre. Chaque retour est un retour en grâce.

Mais le corps du maître d’oeuvre, c’est trop d’abord, à ce que je sens. Pourquoi trop ? Parce que ce corps dit trop, le visage bien sûr, les mains même, quand le geste se montre au lieu de s’esquisser. Mais rentrons. Il y a ici tant d’Italie (et même en oubliant Mort à Venise – mais pourquoi oublier cette autre rencontre, pas si autre ?) D’Italie, je veux dire, ce qui ne veut peut-être rien dire aux Italiens, parce que ce corps livré est un refus de mentir ou de dissimuler. Si je ne disais pas cela, si je ne vous donnais pas cela à voir, il y a quelque chose que vous ne saisiriez pas. Quand je refuse ce corps, c’est encore que je maintiens un peu au loin, un peu sous le regard, ce jeu de son et de lumières. Mais c’est l’amour, mais c’est le sang, et toute la violence sauvée et conservée. Il faut aussi garder le lien avec ce que nous sommes. Sublime rabattu sur l’homme, forcément seul à le porter, à le recréer, à le transmettre à son pauvre semblable, son frère. Oui, c’est indécent. Rousseau fut indécent, comme Diogène, eux qui cherchèrent désespérément l’homme, chacun avec sa lanterne.  Et je pense souvent que c’est quand l’art est au plus haut qu’il est au plus près de nous faire perdre l’homme de vue, comme il est au plus près de nous le livrer tout entier. Ici l’homme se livre, solitude absolue qui s’ouvre à tous, et c’est le beau risque qui achève l’oeuvre du passeur. Chapeau, maestro !

27 septembre 2014

Alain, Lettres de guerre aux deux amies

Publié par obscurius dans Fiches de lecture

Ses élèves l’appelaient « L’homme », et il se voulut tel, au sens d’abord où l’officier parle de « ses hommes ». Il avait trouvé une devise pour son ennemi Barrès, qui conviendrait fort, aujourd’hui encore, à tous les foudres de guerre : « S’agiter avant, sans servir ». Lui partit librement pour la Grande Guerre, à 46 ans, fidèle à une promesse de jeunesse, qui refusait déjà les privilèges. Il s’y fit peuple, refusant tout avantage et se refusant même toute décision et tout projet. Il se laissa porter là où l’appareil militaire le menait, sans égard pour son âge, sa stature universitaire, sa blessure plus tard. Il s’y trempa un corps et une âme d’homme du peuple, d’emblée rude avec ses amis, ceux de l’arrière comme ceux du front, friands de mensonges à soi ; et pour finir, pendant la guerre et juste après, renonçant sévèrement à toutes les amitiés, pourtant utiles et souvent agréables, que la guerre faisait désormais paraître comme une forme de complicité. Les lettres de guerre aux deux amies (Marie Salomon, future directrice du collège Sévigné, et Marie-Monique Morre-Lambelin, son « jumeau » de coeur et d’esprit), témoignent de la puissance de cette humanité en quête d’elle-même, activement soucieuse de son « salut », c’est-à-dire de sauvegarder, par la culture de la vraie générosité, ce qu’il y a d’humain en soi. Puissance dont le ressort se brise tout de même après la blessure, et quand il faut revenir au front, mais diminué, impuissant à servir. Seulement l’œuvre alors s’est déjà esquissée, cette œuvre commencée sous les bombardements, dans l’abri ou la tranchée, et dont on voit ici se dessiner le projet et s’écrire les premiers chefs-d’oeuvre (Mars, Quatre-vingt-un chapitres sur l’esprit et les passions, le Système des Beaux-Arts), annonce d’un effort perpétuel de résistance à toutes les forces qui travaillent patiemment à ruiner l’homme. Il faut lire ces lettres joyeuses, féroces, parfois presque accablées, où l’on sent l’homme se débattre, et lutter pour se maintenir. Alain, professeur de bon sens ? Si vous voulez. Mais qui, aujourd’hui comme alors, qui de cette stature, et ayant tout à y perdre, ose ou oserait écrire et vivre, sans concession aucune, selon le bon sens ?

A lire donc : Alain, Lettres aux deux amies, Paris, Les Belles-Lettres, 2014

10 septembre 2014

Victor Hugo toujours

Publié par obscurius dans Non classé

Allez, ça fait du bien. Victor Hugo au Congrès de la paix en 1849 :

« Messieurs, beaucoup d’entre vous viennent des points du globe les plus éloignés, le coeur plein d’une pensée religieuse et sainte ; vous comptez dans vos rangs des publicistes, des philosophes, des ministres des cultes chrétiens, des écrivains éminents, plusieurs de ces hommes considérables, de ces hommes publics et populaires qui sont les lumières de leur nation. Vous avez voulu dater de Paris les déclarations de cette réunion d’esprits convaincus et graves, qui ne veulent pas seulement le bien d’un peuple, mais qui veulent le bien de tous les peuples. (Applaudissements.) Vous venez ajouter aux principes qui dirigent aujourd’hui les hommes d’état, les gouvernants, les législateurs, un principe supérieur. Vous venez tourner en quelque sorte le dernier et le plus auguste feuillet de l’Evangile, celui qui impose la paix aux enfants du même Dieu, et, dans cette ville qui n’a encore décrété que la fraternité des citoyens, vous venez proclamer la fraternité des hommes.

« Soyez les bienvenus ! (Long mouvement.)

« En présence d’une telle pensée et d’un tel acte, il ne peut y avoir place pour un remercîment personnel. Permettez-moi donc, dans les premières paroles que je prononce devant vous, d’élever mes regards plus haut que moi-même, et d’oublier, en quelque sorte, le grand honneur que vous venez de me conférer, pour ne songer qu’à la grande chose que vous voulez faire.

« Messieurs, cette pensée religieuse, la paix universelle, toutes les nations liées entre elles d’un lien commun, l’Evangile pour loi suprême, la médiation substituée à la guerre, cette pensée religieuse est-elle une pensée pratique ? cette idée sainte est-elle une idée réalisable ? Beaucoup d’esprits positifs, comme on parle aujourd’hui, beaucoup d’hommes politiques vieillis, comme on dit, dans le maniement des affaires, répondent : Non. Moi, je réponds avec vous, je réponds sans hésiter, je réponds : Oui ! (Applaudissements) et je vais essayer de le prouver tout à l’heure.

« Je vais plus loin ; je ne dis pas seulement : C’est un but réalisable, je dis : C’est un but inévitable ; on peut en retarder ou en hâter l’avènement, voilà tout.

« La loi du monde n’est pas et ne peut pas être distincte de la loi de Dieu. Or, la loi de Dieu, ce n’est pas la guerre, c’est la paix. (Applaudissements.) Les hommes ont commencé par la lutte, comme la création par le chaos. (Bravo ! bravo !) D’où viennent-ils ? De la guerre ; cela est évident. Mais où vont-ils ? A la paix ; cela n’est pas moins évident.

« Quand vous affirmez ces hautes vérités, il est tout simple que votre affirmation rencontre la négation ; il est tout simple que votre foi rencontre l’incrédulité ; il est tout simple que, dans cette heure de nos troubles et de nos déchirements, l’idée de la paix universelle surprenne et choque presque comme l’apparition de l’impossible et de l’idéal ; il est tout simple que l’on crie à l’utopie ; et, quant à moi, humble et obscur ouvrier dans cette grande oeuvre du dix-neuvième siècle, j’accepte cette résistance des esprits sans qu’elle m’étonne ni me décourage. Est-il possible que vous ne fassiez pas détourner les têtes et fermer les yeux dans une sorte d’éblouissement, quand, au milieu des ténèbres qui pèsent encore sur nous, vous ouvrez brusquement la porte rayonnante de l’avenir ? (Applaudissements.)

« Messieurs, si quelqu’un, il y a quatre siècles, à l’époque où la guerre existait de commune à commune, de ville à ville, de province à province, si quelqu’un eût dit à la Lorraine, à la Picardie, à la Normandie, à la Bretagne, à l’Auvergne, à la Provence, au Dauphiné, à la Bourgogne : Un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d’hommes d’armes les uns contre les autres, un jour viendra où l’on ne dira plus : Les Normands ont attaqué les Picards, les Lorrains ont repoussé les Bourguignons. Vous aurez bien encore des différends à régler, des intérêts à débattre, des contestations à résoudre, mais savez-vous ce que vous mettrez à la place des hommes d’armes ? savez-vous ce que vous mettrez à la place des gens de pied et de cheval, des canons, des fauconneaux, des lances, des piques, des épées ? Vous mettrez une petite boîte de sapin que vous appellerez l’urne du scrutin, et de cette boîte il sortira, quoi ? une assemblée en laquelle vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi, qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la justice dans tous les coeurs, qui dira à chacun : Là finit ton droit, ici commence ton devoir. Bas les armes ! vivez en paix ! (Applaudissements.) Et ce jour-là , vous vous sentirez une pensée commune, des intérêts communs, une destinée commune ; vous vous embrasserez, vous vous reconnaîtrez fils du même sang et de la même race ; ce jour-là , vous ne serez plus des peuplades ennemies, vous serez un peuple ; vous ne serez plus la Bourgogne, la Normandie, la Bretagne, la Provence, vous serez la France. Vous ne vous appellerez plus la guerre, vous vous appellerez la civilisation !

« Si quelqu’un eût dit cela à cette époque, messieurs, tous les hommes positifs, tous les gens sérieux, tous les grands politiques d’alors se fussent écriés :  » Oh ! le songeur ! Oh ! le rêve-creux ! Comme cet homme connaît peu l’humanité ! Que voilà une étrange folie et une absurde chimère !  » – Messieurs, le temps a marché, et cette chimère, c’est la réalité. (Mouvement.)

« Et, j’insiste sur ceci, l’homme qui eût fait cette prophétie sublime eût été déclaré fou par les sages, pour avoir entrevu les desseins de Dieu ! (Nouveau mouvement.)

« Eh bien ! vous dites aujourd’hui, et je suis de ceux qui disent avec vous, tous, nous qui sommes ici, nous disons à la France, à l’Angleterre, à la Prusse, à l’Autriche, à l’Espagne, à l’Italie, à la Russie, nous leur disons :

« Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Pétersbourg et Berlin, entre Vienne et Turin, qu’elle serait impossible et qu’elle paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France. Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. – Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France ! (Applaudissements.) Un jour viendra où l’on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd’hui un instrument de torture, en s’étonnant que cela ait pu être ! (Rires et bravos.) Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe (Applaudissements), placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies, défrichant le globe, colonisant les déserts, améliorant la création sous le regard du Créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies, la fraternité des hommes et la puissance de Dieu ! (Longs applaudissements.)

« Et ce jour-là , il ne faudra pas quatre cents ans pour l’amener, car nous vivons dans un temps rapide, nous vivons dans le courant d’événements et d’idées le plus impétueux qui ait encore entraîné les peuples, et, à l’époque où nous sommes, une année fait parfois l’ouvrage d’un siècle.

« Et Français, Anglais, Belges, Allemands, Russes, Slaves, Européens, Américains, qu’avons-nous à faire pour arriver le plus tôt possible à ce grand jour ? Nous aimer. (Immenses applaudissements.)

« Nous aimer ! Dans cette oeuvre immense de la pacification, c’est la meilleure manière d’aider Dieu !

« Car Dieu le veut, ce but sublime ! Et voyez, pour y atteindre, ce qu’il fait de toutes parts ! Voyez que de découvertes il fait sortir du génie humain, qui toutes vont à ce but, la paix ! Que de progrès, que de simplifications ! Comme la nature se laisse de plus en plus dompter par l’homme ! comme la matière devient de plus en plus l’esclave de l’intelligence et la servante de la civilisation ! comme les causes de guerre s’évanouissent avec les causes de souffrance ! comme les peuples lointains se touchent ! comme les distances se rapprochent ! et le rapprochement, c’est le commencement de la fraternité !

« Grâce aux chemins de fer, l’Europe bientôt ne sera pas plus grande que ne l’était la France au moyen âge ! Grâce aux navires à vapeur, on traverse aujourd’hui l’Océan plus aisément qu’on ne traversait autrefois la Méditerranée ! Avant peu, l’homme parcourra la terre comme les dieux d’Homère parcouraient le ciel, en trois pas. Encore quelques années, et le fil électrique de la concorde entourera le globe et étreindra le monde. (Applaudissements.)

« Ici, messieurs, quand j’approfondis ce vaste ensemble, ce vaste concours d’efforts et d’événements, tous marqués du doigt de Dieu ; quand je songe à ce but magnifique, le bien-être des hommes, la paix : quand je considère ce que la Providence fait pour et ce que la politique fait contre, une réflexion douloureuse s’offre à mon esprit.

« Il résulte des statistiques et des budgets comparés que les nations européennes dépensent tous les ans, pour l’entretien de leurs armées, une somme qui n’est pas moindre de deux milliards, et qui, si l’on y ajoute l’entretien du matériel des établissements de guerre, s’élève à trois milliards. Ajoutez-y encore le produit perdu des journées de travail de plus de deux millions d’hommes, les plus sains, les plus vigoureux, les plus jeunes, l’élite des populations, produit que vous ne pouvez pas évaluer à moins d’un milliard, et vous arrivez à ceci que les armées permanentes coûtent annuellement à l’Europe quatre milliards.

« Messieurs, la paix vient de durer trente-deux ans, et en trente-deux ans la somme monstrueuse de cent vingt-huit milliards a été dépensée pendant la paix pour la guerre ! (Sensation.) Supposez que les peuples d’Europe, au lieu de se défier les uns des autres, de se jalouser, de se haïr, se fussent aimés : supposez qu’ils se fussent dit qu’avant même d’être Français, ou Anglais, ou Allemand, on est homme, et que, si les nations sont des patries, l’humanité est une famille ; et maintenant, cette somme de cent vingt-huit milliards, si follement et si vainement dépensée par la défiance, faites-la dépenser par la confiance ! ces cent vingt-huit milliards donnés à la haine, donnez-les à l’harmonie ! ces cent vingt-huit milliards donnés à la guerre, donnez-les à la paix ! (Applaudissements.) Donnez-les au travail, à l’intelligence, à l’industrie, au commerce, à la navigation, à l’agriculture, aux sciences, aux arts, et représentez-vous le résultat. Si, depuis trente-deux ans, cette gigantesque somme de cent vingt-huit milliards avait été dépensée de cette façon, l’Amérique, de son côté, aidant l’Europe, savez-vous ce qui serait arrivé ? La face du monde serait changée ! les isthmes seraient coupés, les fleuves creusés, les montagnes percées, les chemins de fer couvriraient les deux continents, la marine marchande du globe aurait centuplé, et il n’y aurait plus nulle part ni landes, ni jachères, ni marais ; on bâtirait des villes là où il n’y a encore que des écueils ; l’Asie serait rendue à la civilisation, l’Afrique serait rendue à l’homme ; la richesse jaillirait de toutes parts de toutes les veines du globe sous le travail de tous les hommes, et la misère s’évanouirait ! Et savez-vous ce qui s’évanouirait avec la misère ? Les révolutions. (Bravos prolongés.) Oui, la face du monde serait changée ! Au lieu de se déchirer entre soi, on se répandrait pacifiquement sur l’univers ! Au lieu de faire des révolutions, on ferait des colonies ! Au lieu d’apporter la barbarie à la civilisation, on apporterait la civilisation à la barbarie ! (Nouveaux applaudissements.)

« Voyez, messieurs, dans quel aveuglement la préoccupation de la guerre jette les nations et les gouvernants : si les cent vingt-huit milliards qui ont été donnés par l’Europe depuis trente-deux ans à la guerre qui n’existait pas, avaient été donnés à la paix qui existait, disons-le, et disons-le bien haut, on n’aurait rien vu en Europe de ce qu’on y voit en ce moment ; le continent, au lieu d’être un champ de bataille, serait un atelier, et, au lieu de ce spectacle douloureux et terrible, le Piémont abattu, Rome, la ville éternelle, livrée aux oscillations misérables de la politique humaine, la Hongrie et Venise qui se débattent héroïquement, la France inquiète, appauvrie et sombre ; la misère, le deuil, la guerre civile, l’obscurité sur l’avenir ; au lieu de ce spectacle sinistre, nous aurions sous les yeux l’espérance, la joie, la bienveillance, l’effort de tous vers le bien-être commun, et nous verrions partout se dégager de la civilisation en travail le majestueux rayonnement de la concorde universelle. (Bravo ! bravo ! – Applaudissements.)

« Chose digne de méditation ! ce sont nos précautions contre la guerre qui ont amené les révolutions ! On a tout fait, on a tout dépensé contre le péril imaginaire ! On a aggravé ainsi la misère, qui était le péril réel ! On s’est fortifié contre un danger chimérique ; on a vu les guerres qui ne venaient pas, et l’on n’a pas vu les révolutions qui arrivaient. (Longs applaudissements.)

« Messieurs, ne désespérons pas pourtant. Au contraire, espérons plus que jamais ! Ne nous laissons pas effrayer par des commotions momentanées, secousses nécessaires peut-être des grands enfantements. Ne soyons pas injustes pour les temps où nous vivons, ne voyons pas notre époque autrement qu’elle n’est. C’est une prodigieuse et admirable époque après tout, et le dix-neuvième siècle sera, disons-le hautement, la plus grange page de l’histoire. Comme je vous le rappelais tout à l’heure, tous les progrès s’y révèlent et s’y manifestent à la fois, les uns amenant les autres : chute des animosités internationales, effacement des frontières sur la carte et des préjugés dans les coeurs, tendance à l’unité, adoucissement des moeurs, élévation du niveau de l’enseignement et abaissement du niveau des pénalités, domination des langues les plus littéraires, c’est-à -dire les plus humaines ; tout se meut en même temps, économie politique, science, industrie, philosophie, législation, et converge au même but, la création du bien-être et de la bienveillance, c’est-à -dire, et c’est là pour ma part le but auquel je tendrai toujours, extinction de la misère au dedans, extinction de la guerre au dehors. (Applaudissements.)

« Oui, je le dis en terminant, l’ère des révolutions se ferme, l’ère des améliorations commence. Le perfectionnement des peuples quitte la forme violente pour prendre la forme paisible ; le temps est venu où la Providence va substituer à l’action désordonnée des agitateurs l’action religieuse et calme des pacificateurs. (Oui ! Oui !)

« Désormais, le but de la politique grande, de la politique vraie, le voici : faire reconnaître toutes les nationalités, restaurer l’unité historique des peuples et rallier cette unité à la civilisation par la paix, élargir sans cesse le groupe civilisé, donner le bon exemple aux peuples encore barbares, substituer les arbitrages aux batailles ; enfin, et ceci résume tout, faire prononcer par la justice le dernier mot que l’ancien monde faisait prononcer par la force. (Profonde sensation.)

« Messieurs, je le dis en terminant, et que cette pensée nous encourage, ce n’est n’est pas d’aujourd’hui que le genre humain est en marche dans cette voie providentielle. Dans notre vieille Europe, l’Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire elle a dit aux peuples : Vous êtes libres. La France a fait le second pas, et elle a dit aux peuples : Vous êtes souverains. Maintenant faisons le troisième pas, et tous ensemble, France, Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères ! (Immense acclamation. – L’orateur se rassied au milieu des applaudissements.)

27 août 2014

En lisant Hannah Arendt

Publié par obscurius dans Non classé

Le sens de la politique est la liberté. L’idée est aujourd’hui suspecte : dans les régimes totalitaires, toute l’existence fut politisée, ce qui atteint la liberté en son coeur – d’où la tendance à penser que la liberté commence où s’arrête le politique, comme à penser que le politique étant source de désastre (l’anéantissement possible de l’humanité est une menace politique), il est ce dont il faudrait se défaire, ou ce qu’on ne peut que subir, en espérant ne pas subir le pire. La modernité avait aussi insisté sur une autre fonction du politique : assurer la satisfaction des besoins vitaux. Mais même à cet égard nous voyons dans le politique une menace, et donc dans la politique un non-sens.

On guette donc le miracle, et ce n’est pas si absurde. Le miracle en son idée renvoie à la transcendance propre à tout commencement. Le don du miracle, c’est l’agir humain. « Le miracle de la liberté consiste dans ce pouvoir-commencer (…) Chaque homme, dans la mesure où par sa naissance il est arrivé dans un monde qui lui préexistait et qui perdurera après lui, est en lui-même un nouveau commencement. » Il faut opposer cette idée de la liberté à celle du libre-arbitre, qui se ramène à un choix entre existants. Il n’y a que de l’agir humain que nous soyons en droit d’attendre des miracles. Le miracle est sa nature même.

24 mai 2014

La lance de Guernica

Publié par obscurius dans Non classé

 

Mural_del_Gernika

La lance de Guernica transperce la jument, symbole de l’Espagne, violée par le taureau. Le taureau est ambivalent. Force de vie, animal fétiche de Picasso. Mais aussi Minotaure, puissance de mort terrée au fond de nos constructions humaines, où nous nous perdons au risque de notre vie. Toujours l’homme courra le risque de se perdre dans ses propres labyrinthes, constructions savantes dont il égare toujours le plan, et au coeur desquelles il retrouvera, démultipliée, réduite à elle-même, la sauvagerie qui se retournera contre lui et qu’il aura nourrie de sa jeunesse et de sa fleur. La lance aussi est ambiguë. Cette pique (pica) évoque bien sûr Picasso lui-même. La lance est l’arme qui terrasse le dragon. Elle est l’arme-lumière. Mais ici ?

Ici, le corps de la jument imite le papier journal. Et il est vrai que les journaux ont parlé de Guernica. Mais le papier journal, le communiqué, les mots masquent autant qu’ils ne révèlent. Il s ne mettent pas en présence. C’est le propre de l’art, et parfois grâce aux mots, de percer la carapace des mots,  de faire signe vers l’intérieur des choses, et peut-être de nous y donner mystérieusement accès. La peinture fait vision comme la photographie, mais elle affirme l’intérieur dont la photographie risque peut-être de nous détourner. Peut-être : car vous voyez que la pointe ici n’ouvre pas de béance. Mais le noir et blanc de Guernica est bien celui des photographies, que les journaux donnaient à voir.

téléchargement

La lance, pinceau du peintre, traduit l’espoir que l’art puisse transpercer le dicible pour mettre en présence, au-delà de tout discours, ou du moins dire qu’il y a un au-delà de tout discours, et qui est le monde. Que la peinture puisse transporter au-delà de la peinture, comme peut-être elle espère toujours faire, courant pourtant toujours le risque de se replier sur elle-même. On dit que Picasso reçut un jour un dignitaire allemand qui, voyant au mur une reproduction de Guernica, lui demanda : « C’est vous qui avez fait cela ? » – « Non, vous », aurait répondu le peintre. L’un parlait d’art, ou le pensait. L’autre de la chose, et c’était lui le peintre. Mais notre amour de l’art a souvent beaucoup à voir avec le regard de l’ambassadeur.

26 avril 2014

La piscine

Publié par obscurius dans Non classé

Théotime ne veut pas apprendre à nager. L’eau lui fait peur. Mettre la tête sous l’eau lui fait peur. Son frère apprend, mais lui regarde de loin, trépignant de désir, et refusant toujours. Et les parents insistent : « Mais enfin, Théotime, nous diras-tu pourquoi ? » Et pour finir, car il faut bien une raison : « Je ne veux pas, il y a trop d’eau dans la piscine (car on apprend dans une piscine). – Ah, c’est donc ça ! Mais, Théotime, si on enlevait un peu d’eau, tu voudrais apprendre à nager ? – Bien sûr. – Eh bien, dès demain nous demanderons au monsieur de mettre moins d’eau dans sa piscine. » Deux jours plus tard, fort du serment du maître au téléphone, Théotime vient à la piscine avec son maillot et ses lunettes neuves pour voir sous l’eau. « - Bonjour Théotime ! – Bonjour ! (Théotime est très poli, mais préoccupé). Tu as mis moins d’eau ? – Bien sûr, tu vois, il y a moins d’eau. » Théotime regarde. On ne saura jamais ce qui s’opère derrière son oeil perplexe. Mais la satisfaction l’emporte. Il descend dans l’eau, et depuis ne veut plus en sortir. Et nous serions bien sots de penser que nous, nous avons grandi.

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